expositions virtuelles

Mon Cantal secret

Ecrin de l’histoire, les Archives recèlent des trésors souvent peu connus, des documents qui attisent la curiosité par leur ancienneté, leur rareté, leur beauté. Quelques uns sont exposés ici : une partition médiévale ornée, la photographie de modillons sculptés, un fragment de sarcophage carolingien.

Mais les Archives, ce sont également des actes de l’administration quotidienne, qui passeraient inaperçus parmi tant d’autres si l’on ne se penchait sur leur contenu. Procès-verbaux, plans, lettres de dénonciation sont autant de documents banaux dans leur forme, mais si riches pour l’histoire. Il suffit de s’y pencher pour reconstituer une époque : à la narration des faits s’ajoutent les allusions aux détails de la vie quotidienne, qui apportent toute leur saveur à ces archives et les réintègrent dans leur contexte, bien loin du nôtre. Quand dans la rue du Buis s’alignaient les maisons closes autorisées, quand la cathédrale avait trois tours, quand les bals étaient interdits, quand un jeune vacher faisait tant d’allers-retours jusqu’au buron l’hiver qu’il devenait champion de ski, quand on mourrait pour la liberté de sa patrie… Ce sont moins des secrets que les épisodes d’un passé plus ou moins oublié qui sont abordés dans cette exposition.

Inaugurée à l’occasion de la parution du hors-série La Montagne « Mon Cantal secret », l’exposition est indissociable de l’ouvrage. Organisée en douze sujets thématiques, elle présente successivement des lieux, des évènements et des personnalités qui ont marqué le Cantal et qui font l’objet d’un article dans le hors-série. Les documents d’archives illustrent le travail des journalistes et le complètent en développant le sujet selon un certain axe, mais renvoient à l’ouvrage pour une présentation plus générale de chaque thème.

Mes remerciements vont à Nicolas Clément, archéologue chargé des fouilles de l’abbaye Saint-Géraud (Mosaïques Archéologie), et à La Montagne – Aurillac, en particulier Bruno-Serge Leroy. Merci également au personnel des Archives, Laure Barbet, Véronique Besombes, Frédéric Bianchi, Pierre Chanut, Christine Delmas, Laurent Joly, Sylvain Maury, Philippe Michalet et Véronique Vernier, qui ont tous participé à la réalisation et au montage de cette exposition.

Lucie Dorsy

Directrice des Archives départementales du Cantal​

Colette, Pourrat, Monier... Rencontre avec l'écrivaine Marie-Aimée Méraville au gré de sa correspondance

Le 20 septembre 1902 naît dans le village de Garrey, à Condat, Marie-Aimée Méraville. Il nous reste très peu de souvenirs matériels de cette époque, mais cela importe peu. Ce que nous avons, c’est l’essence de cette enfance, les paysages verts, les vaches et leurs fières cornes, les veillées, le « patois », la rudesse des gens, leurs occupations, leurs soucis et leur humour, la vie dans ces montagnes d’Auvergne, âpre et intransigeante.

C’est ce terreau dont se nourrit Marie-Aimée Méraville, inconsciemment. Le départ pour l’Ecole normale d’institutrices en 1918, les premières années d’enseignement à Saint-Just puis à l’école laïque de Saint-Flour, sont un dépaysement, peut-être un choc. Elle y approfondit son goût pour la littérature, elle s’habitue à la vie de la ville, elle rencontre des personnes avec qui elle a de véritables discussions. Mais s’immisce alors l’impression de n’avoir pas été fidèle à la terre qui l’a façonnée, qu’elle a abandonnée. Le remède s’impose par lui-même : écrire. Ecrire non pas pour se rappeler, mais parce que c’est vivant en elle, sous sa peau, que cela la travaille ; écrire est un impératif. Le premier livre qu’elle publie, Le Coffre à sel, est le plus personnel de ses écrits, le plus brut également. Les suivants conserveront un ancrage dans les monts cantaliens, mais seront moins déroutants pour le public. Ses contes sont quant à eux parfois bon enfant, parfois subtils, légers ou émouvants, mais ne lui permettront pas d’atteindre la notoriété d’un Marcel Aymé ou d’un Henri Pourrat. Bien que son style gagne l’admiration de grands écrivains, il peine à rencontrer les attentes du public.

La vie de Marie-Aimée Méraville à Saint-Flour est solitaire, mais elle ne manque pas d’amis, avec lesquels elle cultive un intense échange épistolaire. En fonction de son interlocuteur, elle parle de ses menues activités quotidiennes, de connaissances communes, de ses livres et de ses doutes, conseille des lectures. Ses correspondants prennent plaisir à lire ses lettres, dans lesquelles elle se livre en toute confiance, et louent sa sincérité ainsi que son sens de l’humour discret et perspicace. Cette correspondance constitue une part importante du fonds Marie-Aimée Méraville.

Ce fonds d’archives, donné en 2012 par Mme Renée Boyer – qu’elle en soit de nouveau remerciée – et récemment classé, nous permet de retracer l’itinéraire littéraire de l’écrivaine. Présentant chacun des livres publiés de Marie-Aimée Méraville, accompagnés de documents d’archives permettant de découvrir leur genèse ou encore les réactions qu’ils provoquèrent dans l’entourage de l’auteur, cette exposition invite le public à (re)découvrir les œuvres de l’écrivaine cantalienne. Elle est cependant loin d’être exhaustive : de courts textes publiés çà et là dans des revues ainsi que des contes et nouvelles inédits complètent l’œuvre de Marie-Aimée Méraville. De brefs coups d’œil sur des aspects plus personnels de l’écrivaine ponctuent ce parcours, notamment son amitié profonde avec deux Auvergnats, Henri Pourrat et Albert Monier.

« Gerbert en lumières. Enluminures de Siloë »

De mai à mi-août 2013, aux Archives départementales du Cantal (Aurillac), l’exposition « Gerbert en lumières » réunit douze enluminures sur parchemin réalisées par l’artiste enlumineur Siloë illustrant la vie et l’œuvre d’une personnalité hors du commun : Gerbert d'Aurillac, pape de l'an mille sous le nom de Sylvestre II : savant, philosophe, inventeur,  professeur des rois et des empereurs, bibliophile éclairé et passionné de savoir.

Une leçon de vie, d'intelligence et de courage pour les hommes du XXIe siècle.

Au-delà des prédictions de fin du monde qui ont aussi bien existé autour de l’an mille comme de nos jours, l’histoire de Gerbert d’Aurillac est de nos jours éclairante car notre temps est aussi un moment de transition et de questionnement qui rappelle la fin du Xème siècle.

Cette exposition est aussi l’occasion d’évoquer la magnificence des manuscrits sur lesquels Gerbert, homme de savoir, travailla toute sa vie : des enluminures de style insulaire à celles des renaissances carolingienne et ottonienne (soit du VIIème au tout début du XIème siècle).


Siloë a réalisé douze œuvres originales sur grands parchemins de format A3 souvent pourprés et ornés de feuille d’or 23 carats pour les fonds, ou d’or à la coquille pour les lettres calligraphiées. Les scènes seront inspirées des Bibles et Evangiles ou ouvrages scientifiques de l’époque : bordures richement décorées, lettres ornées, arcatures illustrant les Tables de Canons, scènes figuratives en bandeaux horizontaux.

Composées de riches fonds ornementaux illustrant ces manuscrits anciens (entrelacs, spirales, feuillages, personnages monumentaux, architectures et animaux stylisés) l’exécution des enluminures est conforme à l’esprit et aux usages du temps de Gerbert, peinture aux pigments liés à l’œuf, dorure sur assiette artisanale, gamme colorée en harmonie avec les manuscrits de cette époque.

Ces douze enluminures sont ornées de pensées issues des écrits de Gerbert qui nous a laissé une vaste correspondance et illustrent les facettes de sa vie et de sa personnalité (la traduction latine a été supervisée par Madame Martine Vermande).

Images de la justice : des plans au service du droit

Qui aurait l’idée saugrenue de rechercher dans les archives judiciaires une maison de maître à Leynhac, le réseau d’irrigation d’un pré à Raulhac, l’organisation de latrines ou de lavoirs à Aurillac, l’image du vieux château de Giou-de-Mamou, le profil d’une route à Anglards-de-Saint-Flour, la façade d’un buron à Saint-Vincent-de-Salers ?

Les juges et les jurés ont besoin, pour se faire une religion, d’avoir les idées claires. Certains magistrats, plus « visuels » qu’auditifs ou kinesthésiques, ont besoin d’images ; ils sollicitent les experts, qui se font tour-à-tour feudistes, arpenteurs, architectes ou photographes – ou s’entourent de professionnels de ces spécialités pour présenter une image irréfutable au service du droit. Parfois le plan, comme la reconstitution, servent à pousser l’inculpé aux aveux en l’acculant à la contradiction pour mieux le confondre. La destination de ces plans, sous le contrôle sévère des magistrats et des avocats des parties, leur donne une forte garantie d’exactitude.

Ces images sont non seulement précises, mais elles sont aussi belles. Le critère esthétique est l’un de ceux qui ont présidé à la sélection ici proposée : les plans exposés ne sont donc pas représentatifs de l’ensemble des plans réalisés pour le compte de la justice ; ils sont en revanche représentatifs du talent artistique de nombre d’experts cantaliens, tant pour le dessin que pour la couleur. Ce sont parfois de véritables œuvres d’art, et en même temps des témoins documentaires de premier ordre qui restituent l’état ancien d’un site, d’un parcellaire ou d’un bâtiment mieux que ne sauraient le faire les descriptions les plus détaillées. De sorte que ces merveilles de la plume et du pinceau peuvent servir aujourd’hui à ce pour quoi ils n’ont pas été conçus : passionner le Cantalien qui retrouvera ici sa maison ou son village, servir de source fiable à l’historien de l’architecture ou de l’agriculture,  charmer l’œil de l’amateur.

Le canton de Saint-Cernin et son patrimoine

Public ou privé, civil ou religieux, vernaculaire ou monumental, le patrimoine bâti du canton de Saint-Cernin ne manque pas de caractère ni de diversité. L’exposition photographique tentera, sans prétention artistique, d’en dresser un panorama complet et fidèle.

Puisant leur source dans le terroir même, reflet de l’histoire de ce coin de la Haute-Auvergne, châteaux, églises ou simples chaumières nous rappellent où se situent nos racines.

C’est un patrimoine typiquement rural, mélange de grandeur et de rusticité, défiant les siècles mais néanmoins fragile, qui s’offre au regard du visiteur. Bâti avec les matériaux locaux, il témoigne du savoir-faire, de l’ingéniosité et du sens de l’économie des maîtres d’œuvre et artisans cantaliens

Manhattan-sur-Jordanne : la Dorinière a 50 ans

La Dorinière : il y a de quoi être intrigué par la fascination des Aurillacois pour une « grande barre » des Trente glorieuses, au point que le quotidien local lui a consacré un feuilleton à succès pour son cinquantenaire, et que les Archives départementales lui dédient désormais une exposition. Tout se résume-t-il à l’étonnement devant ce que certains ont perçu comme une incongruité architecturale, celle d’un « Manhattan sur Jordanne » ? Les choses sont plus complexes : il y a là un beau cas de « fascination-rejet », de propension à sublimer l’ordinaire tout en le décriant ; et à le constituer de ce fait en matériau identitaire.

« La Dorinière », c’est un nom, d’abord. Il porte toute la richesse et les méandres de la fonction toponymique. Féminin, il atténue inconsciemment le possible sentiment d’agression faite au paysage par « un » immeuble (masculin…). Sans étymologie a priori évidente, il a un côté caché, secret. Sans doublon toponymique local, ce nom d’origine apparemment vendéenne singularise le lieu dont il est le marqueur. Bien peu d’Aurillacois savent qu’il renvoie à la famille éponyme installée à Aurillac au XVIIIe siècle : Nicolas puis Jean-Baptiste Dorinière étaient conseillers du roi et receveurs des tailles, et leur hôtel particulier de la rue du Rieu, devenu siège de la première préfecture, puis bureau de poste, était réputé comme le plus fastueux de la ville. Si la famille, malgré sa disparition, a finalement perpétué son empreinte, c’est donc par le truchement de l’un de ses biens fonciers en périphérie de la ville (elle possédait aussi Tronquières et un moulin qui n’a porté qu’un temps son nom, éclipsé par celui des tanneurs Barthélémy).

La Dorinière, « c’était un champ », se sont souvenus en effet les « vieux Aurillacois » interrogés par le quotidien local pour le cinquantenaire du bâtiment. Certes, il n’y a pas eu à cet emplacement de constructions « en dur » jusqu’à celle du grand immeuble, mais ils oubliaient au passage qu’en cet emplacement, dans les années 1940, des baraquements accueillaient des réfugiés républicains espagnols, et quelques autres étrangers, dont des Juifs : c’est ce qui vaut à Aurillac de figurer sur la carte des « camps d’internement » en France à la fin de l’Occupation (Denis Peschanski, La France des camps. L’internement, 1938-1946, Paris, Gallimard, 2002, p. 460). Étaient également logés dans ces baraquements des élèves de l’école nationale de Marine, réfugiée à Aurillac.

Cependant, la partie de la parcelle la plus proche de la rivière était restée à découvert, avant d’accueillir le collège de la Jordanne en 1966. Prairie longtemps inondable, La Dorinière constituait donc bien, à la fin des années 1950, une sorte de reliquat rural dans une périphérie méridionale de la ville qui avait absorbé le gros du flux de l’urbanisation depuis les années 1860. Les premières matrices cadastrales (1812) parlaient de « pré », désormais partagé entre trois familles de l’élite locale : Esquirou, Boudet, Delzons. Dans cet espace aux parcelles de grande ampleur (la sienne même représentait plus de 4 ha), et suffisamment éloigné du cœur de la ville historique pour éviter les nuisances, c’étaient d’abord des établissements industriels ou scolaires, requérant des surfaces importantes, et possiblement pollueurs pour les premiers, qui avaient pris place : abattoirs (1865), institution Saint-Eugène (1882), distillerie Chanabier, briqueterie Rispal (1886, et sa cheminée de 1904), usine Bar (travail du bois, 1903), Sodibra (bière, 1920). C’est dans un second temps que l’habitat s’y est développé, en s’insérant dans les interstices : d’abord des constructions pavillonnaires privilégiant la bordure des grands axes structurants (années 1910-1920 notamment), puis, à compter des années 1950, de l’habitat collectif, forme caractéristique de l’époque, propre à absorber la forte demande en logement en détournant les utopies des urbanistes de la lignée de la « Charte d’Athènes », propre aussi à offrir à tous un confort inégalé grâce aux économies d’échelles. Pour le promoteur privé, il y avait là également la possibilité de maximiser le retour sur investissement, la construction en hauteur démultipliant la surface commercialisable. L’édification de La Dorinière par le comte d’Ussel, propriétaire du terrain hérité de ses ancêtres Esquirou de Parieu, s’est donc pleinement inscrite dans ce cadre. À proximité, l’immeuble du Bar, en 1957-59, avait donné l’impulsion, suivi de peu par celui du Cayla, avant la Dorinière. Il s’agissait là d’immeubles destinés à la copropriété. C’est beaucoup plus au sud ou tout au nord, aux périphéries extrêmes de la ville, que se sont concentrés les ensembles collectifs HLM des Trente glorieuses : aux Camisières (1953, 54), à la Remonte (1956), en attendant La Montade (1968).

Mais alors que les ensembles élevés jusque là se limitaient à quelques dizaines de logements, la fin des années 1950 a marqué un passage à une échelle supérieure : il a été amorcé par la Cité de la gare, en logement aidé (1958 : 120 logements du Foyer cantalien, coopérative HLM), la Dorinière en annonçant d’abord 222 ; le Foyer cantalien a poursuivi aux Alouettes avec un ensemble de 142 appartements (1962), et La Montade a atteint les 424. Il y a eu là en partie les effets d’une réponse à la forte reprise de la croissance urbaine (Aurillac, de 22 000 habitants en 1954, passe à 24 500 en 1962, 28 000 en 1968, près de 31 000 en 1975), prenant place aussi dans une active politique nationale impulsant la construction de logements à compter de 1953-54.

Ce faisant, c’est une architecture non seulement non vernaculaire qui s’est imposée (celle de la deuxième moitié du XIXe, déjà, ne l’était plus), mais aussi en rupture avec les formes traditionnelles de l’habitat : le toit, à pente unique ou à deux versants, encore présent aux Camisières, à la Remonte, ou dans les ensembles du Foyer cantalien, disparaît dans les constructions proches des avenues des Pupilles et des Volontaires, celui de La Dorinière innovant même avec un système de pentes inversées – non visibles, en tout cas, de l’extérieur. Loin de susciter une réprobation d’essence paysagère – les critiques à l’égard de La Dorinière, sur le moment, portent davantage sur son gigantisme, mettant en doute sa solidité, que sur son esthétique – ces formes nouvelles semblent fonctionner auprès des contemporains comme des marqueurs d’urbanité et d’entrée en modernité, perçus positivement. Les cartes postales, destinées à porter au loin l’image d’Aurillac, ne lésinent pas sur les vues générales de la ville nouvelle, avec ses grandes masses blanches. En cela, la confection d’un nouvel enduit, orange et gris, en 1983, a signé l’amorce d’une modification des regards : il était là pour habiller, individualiser, intégrer, comme cela avait commencé à se pratiquer pour de grands bâtiments tant commerciaux ou industriels que d’habitat à compter de la fin des années 1970. L’ampleur de l’édifice, certes, fait qu’ici cette quête d’intégration se transforme en étendard. Mais la dépréciation de la grande barre est bien signifiée, en une époque où les constructions pavillonnaires avaient de nouveau pris le pas, gagnant de plus en plus l’espace périurbain.

Dans un quartier qui avait parallèlement entrepris sa requalification fonctionnelle, avec un abandon ou un desserrement des activités industrielles (Rispal et la Sodibra ferment au milieu des années 1960, Bar déménage à Naucelles), les friches n’ont donné lieu qu’à la construction de résidences de faible hauteur et d’envergure au sol réduite, toujours en copropriété. La conversion fonctionnelle à venir du vaste enclos de l’institution Saint-Eugène annonce également un renforcement de l’habitat, vraisemblablement à bon niveau de standing. Ici réside sans doute, au-delà de l’attachement identitaire à la Dorinière et du satisfecit des habitants qui y sont installés, une forme de malaise qui se manifeste dans la difficulté actuelle à commercialiser ses appartements : dans un quartier de classes moyennes, d’habitat « à taille humaine », il ne peut s’empêcher de projeter, par sa forme architecturale, une évocation de la « banlieue à problème », alors même qu’il a été pensé, et qu’il est vécu, comme un lieu de confort et de qualité de vie, proche du cœur de la cité, promontoire artificiel exceptionnel pour admirer la « ville à la campagne » où il a pris racine.

Vincent Flauraud

Président de la Société des lettres, sciences & arts « La Haute-Auvergne »,

Maître de conférences à l’université de Clermont-Ferrand

"Les racines cantaliennes de Georges Pompidou : de l'Elysée à Montboudif"

"Mon père et ma mère appartenaient profondément à la race française, dure au travail, économe, croyant au mérite, aux vertus de l'esprit, aux qualités du cœur. je n'ai pas eu une enfance gâtée. Mais, si loin que je remonte, je n'ai reçu que des leçons de droiture, d'honnêteté et de travail. Il en reste toujours quelque chose."

Huit siècles d’écriture notariale (XIIIe-XXe siècle)

Pour illustrer l’évolution de l’écriture depuis le Moyen Âge, ont été choisis huit documents ordinaires, qui ont en commun d’être notariés. Il s’agit de l’écriture dite documentaire, celle qui est utilisée pour les actes juridiques, et non de l’écriture dite livresque, utilisée pour les manuscrits littéraires sortis des scriptoria. Le parchemin et le latin cèdent progressivement le pas au papier et au français. L’écriture devient, pour l’œil contemporain, de plus en plus lisible.

Marcellin Boule (1861-1942). De Montsalvy aux hommes fossiles

Né à Montsalvy voici 150 ans, professeur de paléontologie au Musée national d'histoire naturelle, premier directeur de l'Institut de paléontologie humaine (fondé voici 100 ans, en 1910, par le prince Albert Ier de Monaco), Marcellin Boule est l'auteur de publications tout à tour savantes, pédagogiques et touristiques.

Le catalogue présente ses objets personnels, légués à la commune de Montsalvy par ses descendants, exposés à Aurillac puis à Montsalvy en 2010-2011. Livres parfois annotés de sa main, photographies, diplômes, médailles, matériel de terrain, microscope, pierres taillées, souvenir, sculptures, moulages : ainsi est reconstitué l'univers du savant montsalvyen

Trésors de « La Haute-Auvergne »

La Société des Lettres, Sciences et Arts « La Haute-Auvergne », fondée en 1898, est une société savante qui possède des collections de patrimoine écrit. Ces livres, estampes, photographies, manuscrits, parchemins sont tous déposés aux Archives départementales, qui en assurent la conservation, la communication et la valorisation.

L'exposition "Trésors de la société de la Haute-Auvergne" présente au public, pour la première fois, un choix de ces trésors. L'accent est mis sur les grands hommes qui ont construit et écrit l'histoire du Cantal : le comte de Dienne, Pierre Marty, Jean Delmas, Alphonse Aymar, dont les collections et les travaux illustrent notre département et les régions voisines.

Ouvrages de bibliophilie, gravures du Grand siècle, cartes géographiques du XVIIIe siècle, gouaches et aquarelles du XIXe siècle, photographies du début du XXe siècle : durant deux mois, ces trésors cachés, répartis par thèmes (Lettres, Documents d’histoire, Ethnographie, Sciences naturelles, Arts) sont dévoilés dans la salle d'exposition des Archives départementales.

A l'occasion des Journées européennes du patrimoine, les Archives seront exceptionnellement ouvertes les samedi 18 et dimanche 19 septembre 2010, de 14 h à 18 h. Leur directeur fera une visite guidée de l'exposition toutes les heures.

La société "La Haute-Auvergne" publie un numéro spécial sur son patrimoine, qui contient, entre autres, le catalogue de l'exposition « Trésors de la Haute-Auvergne » et qui est proposé aux visiteurs. Ce catalogue reprend les notices et les photographies des documents présentés, qui forment une exposition virtuelle.

Le Cantal dans la première guerre mondiale

Exposition réalisée M. Jean-Luc François, professeur certifié d’histoire-géographie au collège Jeanne-de-la-Treilhe (Aurillac), chargé du service éducatif des Archives départementales

Hiver 2009-2010

Insolites

Pour qui passe devant l'austère et massif bâtiment des Archives départementales, les archives sont, au mieux, un conservatoire nécessaire mais périphérique de la mémoire commune, au pire, un monde impénétrable et poussiéreux, ennuyeux et solennel, annexe ou antichambre des usines de recyclage.
Et pourtant, celui qui pousse un jour la porte, donnant sur le jardin des Carmes, de la salle de lecture, et prend la peine de chercher à savoir ce que contiennent ces fameuses archives, a toute chance d'en contracter le goût pour toujours. Du point de vue des Archives, le monde se divise en une poignée d'aficionados passionnés et une immense majorité d'indifférents. L'ouverture, à l'automne 2008, d'un site internet offrant désormais l'ensemble de l'état civil, amène à réviser cette vision du monde : 100.000 pages sont vues chaque jour par un millier d'internautes ; depuis septembre 2008, plus de 25 millions de pages ont été vues depuis 80 pays différents du globe. Mais ces documents ardemment consultés ne représentent qu'une partie infime des archives conservées ; et il importe maintenant que le public puisse entrevoir la variété de la partie encore immergée de cet univers.
C'est précisément l'objet de la présente exposition. La plupart des documents présentés n'ont jamais été exposés. Ils ne prétendent ni à l'exhaustivité, ni à la représentativité de l'ensemble des fonds. Ils sont le fruit des trouvailles, des surprises, des étonnements de l'équipe des Archives, et de l'envie de les faire partager. Si les lectures d'archives, lancées en 2002 dans le Cantal, permettent en effet de faire vivre des textes, force est de constater que l'aspect de la plupart de ces pages d'écriture ne justifie guère leur exposition. Les documents "insolites" ici rassemblés, ont été choisis non seulement pour leur intérêt historique ou symbolique (le fond), mais aussi pour leurs qualités visuelles (la forme). Ils sont presque tous d'origine privée, souvent entrés récemment, ce qui explique qu'ils soient pour certains "en cours de classement" ; leur exposition manifeste donc également la reconnaissance du Département pour ces donateurs, déposants et vendeurs, qui enrichissent ainsi les collections publiques avec des documents parfois plus originaux et insolites que ne le sont les séries administratives, avec lesquelles ils entretiennent d'évidents liens de complémentarité.

Autour du présidial d'Aurillac

En 1551, le bailliage royal d’Aurillac est élevé au rang de présidial par lettres patentes du roi Henri II. Il devient, en quelque sorte, un tribunal de grande instance, avec des compétences au criminel. Il s’installe dans un édifice qui existe toujours, 24 rue de la Coste (salle appelée « La Cave »).

Les conseillers au présidial forment une élite de la ville sous l’Ancien régime ; la famille judiciaire (avocats, procureurs, huissiers, sergents, greffiers, etc.) est également une composante importante de la société urbaine.

Une exposition de documents conservés aux Archives départementales a été organisée en juin 2010 au tribunal de grande instance, durant 10 jours, dans la salle des pas perdus. Cet ensemble permet de découvrir l’histoire, le fonctionnement de la juridiction, la vie de ses acteurs et les caractéristiques de la justice rendue au nom du Roi.

Vallée de larmes. La Dordogne peinte par Ginette Aubert.

Ginette Aubert est née à Spontour (Corrèze), sur les bords de la Dordogne, en 1934. A l’âge d’un mois, sa famille s’installe à la Ferrière (commune de Tourniac, Cantal), où la fillette va passer sa jeunesse. En 1950, c’est le drame : la maison familiale doit être détruite à cause de la mise en eau du barrage du Chastang l’année suivante.

Ginette Aubert ne se remettra jamais tout-à-fait de ce traumatisme : les lieux de son enfance sont dénaturés, engloutis, rayés de la carte.

Pour autant, Ginette Aubert, désormais Mauriacoise, n’est point femme à laisser lessiver ou suffoquer sa mémoire. Non seulement elle écrit, mais elle peint, depuis toujours, ses souvenirs de la « vallée émeraude », devenue vallée de larmes. Et l’exposition est avant tout un chatoiement de couleurs vives, sous le pinceau tour à tour naïf, brut ou chagallien de celle qui fut la « petite fille » de la « rivière », devenue femme, comme en témoigne sa signature « GynA ».

Sa tristesse, Ginette Aubert l’a sublimée en peinture ; ses tableaux sont parfois agrémentés de débris rejetés sur les rives du lac de barrage, reliques prosaïques que son art transmute en matière précieuse. Dans ses textes et dans ses images, elle ne fait pas mystère des rudesses de la vie d’antan (c’est-à-dire d’avant l’engloutissement de 1950), mais elle contemple et peint avec fraîcheur les « saisons », les « familles », « ceux qui passent » et les « temps sacrés ».

On reste admiratif de la force de cet art et de ce caractère, qui subliment ainsi la suffocation de l’engloutissement en lui donnant des couleurs joyeuses. Les larmes sont devenues la peinture dont Ginette Aubert réenchante sa vallée.


Les 30 œuvres (peintures et sculptures) de Ginette Aubert sont complétées par des souvenirs familiaux (lettres et photographies) ainsi que par des documents conservés aux Archives départementales (plan cadastral, dossier d’expropriation de la maison familiale de la Ferrière, livres sur les barrages).

L'abbé de Pradt, ou le Talleyrand du Cézallier (1759-1837)

L'abbé Dufour de Pradt, né dans le Cézallier en 1759, entra dans les ordres sous l'Ancien Régime. Il commença une carrière politique sous la Révolution, dont il devint bientôt un opposant farouche. Il adhéra en revanche à l'Empire qui en fit un de ses dignitaires (baron, archevêque et ambassadeur) avant sa disgrâce. Sous la Restauration, il prit des positions libérales qui lui valurent les foudres de la justice. Il écrit une foule de traités de politique, de géopolitique (prônant notamment la décolonisation de l'Amérique du sud) ou d'agriculture avant de mourir en 1837. Ses multiples talents et son ingéniosité comme sa capacité à durer à travers les régimes politiques successifs permettent de le rapprocher de Talleyrand, presque son contemporain (1754-1838).

Ces images ont été présentée en l’église d’Allanche, le 13 juillet 2010, dans le cadre de la conférence annuelle des « Amis du vieil Allanche » ; la conférence fera l’objet d’une publication dans les cahiers du Vieil Allanche, à paraître en juillet 2011.

Plusieurs articles ont paru sur l’abbé de Pradt dans les Cahiers d’histoire en 1962 (cote ADC, 182 PER 2). Mais la somme la plus accomplie sur ce personnage est due au regretté Jean Moins. Il serait à souhaiter que cette belle étude sur les « idées politiques » de l’abbé de Pradt, parue en feuilletons dans la « Revue de la Haute-Auvergne » en 1962-1963, puisse être reprise dans un volume qui traiterait aussi d’autres aspects de cette vie si remplie, et dont la présente exposition ne vise qu’à donner une esquisse.