La bonne ménagère et son jardin. Interrogation d'horticulture à l'école ménagère agricole (1947)



Interrogation
Interrogation
Cours de cuisine à l’école ménagère (sans lieu ni date)

En ce mois de septembre, période de rentrée des classes, penchons-nous sur une école spécialisée aujourd’hui disparue : l’école ménagère agricole du Cantal. Comme son nom l’indique, cette école avait pour but de « former de bonnes ménagères et des fermières accomplies dotées d’une solide éducation professionnelle et d’une bonne éducation générale ».

Si l’idée de cette école germe dans l’esprit des conseillers généraux dès 1914, à partir des modèles développés par les départements voisins, la guerre vient malencontreusement interrompre ce projet. La volonté politique ne suffit pas car la création de l’école, votée en 1917, doit être repoussée après la fin des hostilités faute de crédits (la moitié provenant du ministère de l’Agriculture) et de personnel d’enseignement – exclusivement féminin, cela va de soi. Il faudra donc attendre 1922 pour que le Cantal se dote d’une école ménagère agricole.

Le fonctionnement de cette institution particulière est différent de celui des écoles traditionnelles puisqu’elle propose des sessions ambulantes : toute commune peut demander l’installation de l’école sur son territoire pendant deux à trois mois, à condition qu’un nombre suffisant d’élèves soient inscrites. L’enseignement, dispensé gratuitement, est réservé aux jeunes filles de plus de 15 ans titulaires du certificat d’études primaires.

L’année 1946 apporte un changement dans cette organisation puisque, outre les sessions ambulantes, le conseil général décide d’établir une session fixe annuelle. Le lieu en sera le château de Comblat à Vic-sur-Cère, acheté pour l’occasion. En attendant que l’aménagement des locaux soit terminé, la session fixe s’installe à Aurillac pour l’année 1946-1947, à l’école du Palais, place du Square. Quelques copies d’élèves de cette session ont été conservées, dont celle qui est exposée ici.

Ainsi, au mois de novembre 1946, l’école ménagère fixe accueille 17 jeunes filles, dont l’âge moyen est de 17 ans et qui sont originaires, pour la plupart, du bassin d’Aurillac, même si certaines viennent de Saint-Jacques-des-Blats, de Saint-Chamant ou encore de Mourjou. Elles suivent des cours théoriques et pratiques de cuisine, repassage, couture, hygiène, puériculture, apiculture, etc., toutes ces matières étant destinées à être mises en application dans leur future vie de femme mariée et de maîtresse de maison.

La copie de Marguerite nous apporte un éclairage sur le contenu des enseignements en horticulture. Répondant à la question « Si vous avez à établir un jardin potager, quelles sont les directives qui vous guideraient dans son installation ? », elle liste les éléments essentiels du jardin : exposition, point d’eau, palissades, allées et trou à fumier. Toutes les étapes sont abordées avec force détail, de la nature des matériaux à employer aux mesures des murs et fosses. Si l’orthographe laisse à désirer, l’institutrice semble toutefois satisfaite du travail de son élève et la gratifie d’un 15,5/20. Les dix autres copies s’échelonnent de 12,5 à 5/20, cette dernière note n’empêchant pas sa titulaire d’obtenir son diplôme en fin d’année. Il semblerait finalement que l’on puisse être bonne ménagère sans avoir la main verte.

La cérémonie de remise des diplômes intervient en juin, la moitié des élèves ayant cependant passé les épreuves en mars pour pouvoir rejoindre sa famille et participer aux travaux des champs. La lauréate se voit offrir un coffret à fils tandis que Marguerite, 3e du classement sur 15 diplômées, devra se contenter de son certificat.

L’on peut supposer que les cours dispensés à l’école ménagère tendaient à faire de ces jeunes filles des épouses dociles et disciplinées. On constatera cependant que Marguerite ne réprime pas ses critiques de la gent masculine. Evoquant la répartition des cultures dans les jardins ruraux, elle remarque qu’une « grande partie du terrain du jardin est employée pour les carrotes* fouragères*, les betteraves que l’on donne aux bêtes ». Elle conclut alors sa dissertation par une suggestion un brin rebelle : « Il faudrait apporter un changement à celà* mais ce n’est pas bien commode car les hommes préfèrent avoir la nourriture des bêtes dans le jardin et que les femmes courrent* chercher les légumes dans les champs ». La remarque de l’institutrice, « c’est une grossière erreur », semble aller dans le sens de son élève. L’histoire ne dit malheureusement pas si Marguerite aura réussi à organiser chez elle le potager idéal et à mettre son mari au pas !

2 SC 5417

* Les fautes d’orthographe ont été recopiées à l’identique.