La Première Guerre mondiale

Exposition Le Cantal dans la Guerre

Ferdinand Roques a écrit durant toute la durée de la guerre à sa « Chère Zélie », qui l’attendait en Châtaigneraie, des dizaines de lettres. Dans cette correspondance, on décèle souvent la tristesse de ne pas recevoir suffisamment de nouvelles ; l’inquiétude que les lettres de sa femme ne le suivent pas. La guerre est présente dans les rapides descriptions qu’il fait de son quotidien (vie dans les tranchées ou au repos). Lorsqu’il évoque « les Boches », c’est toujours sur le ton de l’ironie et en minimisant les combats. À cela deux raisons principales : ne pas inquiéter son épouse et ne pas subir la censure du contrôle postal. La lettre est datée du mois de février 1914, acte manqué bien sûr. 


Lettre de poilu

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Le 30 décembre 1914, 6 h du matin



Ma chère Zéline

C’est de la tranchée que je t’écris au milieu d’une fusillade et d’une canonnade ininterrompue et indescriptible les balles nous sifflent aux oreilles et viennent s’étaler à nos pieds.

Les obus passent sur nos têtes et parfois éclatent à quelques pas de nous. Depuis que je t’ai quitté je n’ai pu dormir une heure, je suis harassé.

L’ennemi a là en face la tranchée à une dizaine de mètres et on s’entend causer parfaitement.

Je fais des mines pour passer sous ses tranchées et les faire sauter mais lui ne reste pas inactif et c’est la course, gare au dernier !!

La semaine dernière, le lieutenant et 17 hommes de ma compagnie y sont restés.

Je supporte le tout stoïquement et courageusement, mais tout ce qu’on est obligé d’endurer physiquement et moralement est tel qu’on se demande s’il ne faudrait pas mieux en finir tout de suite.

A chaque instant on voit son cortège de brancardiers, qui portent souvent des hommes ayant l’alliance, c’est épouvantable ; avant-hier j’ai vu une exécution capitale c’est horrifique.

Ma santé est mauvaise, il me suffira de dire que je dors plus, que je couche dehors à la pluie et que je ressaigne à la selle pour que tu te rendes compte sans plus amples détails ; c’est ce qui me fait croire que je serais bientôt renvoyé. Je t’assure que si je regrette quelque chose dans ma vie, ça ne sera pas ces quelques jours passés dans cette terrible forêt de l’Argonne où l’on se tue sans rien voir.

Nous nous reverrons peut-être sans trop tarder, vivons dans cet espoir. Embrasse pour moi, papa, maman Doutres1, ma petite Hélène adorée, et reçois les meilleurs baisers de ton mari.

Ferdinand



C’est très mal commode pour t’écrire, je t’écris à la lueur d’une bougie sur les genoux assis sur une caisse. Je t’écrirai aussi souvent que je le pourrais mais je n’en ai guère le temps.

Encore une grosse grosse bisette et donne vite de tes nouvelles.

1 Il s’agit de sa belle mère.


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